Championnat de France non voyant : Interview de Adrien Hervais

Publié le par Antoine Duboc

A 4 jours du début de la compétition, Adrien Hervais, vainqueur de l'épreuve en 2006, répond à Echecs Mag.

 

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Peux-tu te présenter ?

Adrien Hervais, 26 ans, 2073 Fide, Champion de France non voyant en titre, licencié au club de Maromme en banlieue rouennaise.

J’ai obtenu l’année passée mon sixième titre de Champion de France non voyant. J’ai été Vice-champion du monde des moins de 20 ans en 1999 en Belgique.

 

Quels sont tes objectifs cette année ?

Gagner de nouveau le titre et bien jouer.

 

Participes-tu à d’autres tournois réservés aux non voyants ?

J’ai participé à des tournois internationaux, le dernier étant les Olympiades 2004 en Espagne avec l’équipe de France.

 

Comment perçois-tu les parties contre les joueurs voyants ?

Je m’occupe de mon jeu. Lorsque j’ai appris à jouer aux échecs vers 6 ans, j’avais déjà ce fort handicap visuel, je suis quasiment aveugle. Je ne me sens pas handicapé par rapport à mon adversaire. Je ne suis pas l’outsider, je joue mon jeu.

 

Qu’est-ce qui serait à améliorer pour toi dans les échecs pour les non voyants ?

Il faudrait plus de communication et de médiatisation. Il y a probablement des personnes qui pensent que le jeu d’échecs est inaccessible. Certains joueurs n’imaginent peut-être pas qu’il y a de la place en club et dans les tournois.

Lorsqu’un joueur voyant joue contre un joueur non voyant, il ne doit pas se prendre la tête. Il faut que les arbitres et les organisateurs dédramatisent les événements. Il n’y a pratiquement pas de problème mais il ne faut pas que l’arbitre attende, il faut intervenir immédiatement.

 

Que penses-tu des questions que se posent parfois les joueurs qui ne connaissent pas le milieu des échecs non voyants ?

Ce ne sont pas des questions idiotes mais les personnes valides se posent des questions auxquelles je n’avais jamais pensé. C’est paradoxal, quand on vit avec son handicap, on ne se pose pas certaines questions existentielles que d’autres peuvent imaginer.

On en revient à la problématique de la communication.

 

As-tu une anecdote particulière ?

Affronter un adversaire qui dit ne pas aimer jouer contre les handicapés. Ce n’était pas agressif, il l’avait dit naturellement. Mes parents et moi étions sidérés. Cependant, il faut relativiser, ce n’est représentatif. En 20 ans, c’est la seule fois que cela s’est passé.

Sinon, dans les tournois, certains spectateurs (souvent âgés) trouvent « extraordinaire de tenir quatre, cinq heures contre un joueur voyant ».

 

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Photo transmise par Yves Le Brun

Publié dans Les DOSSIERS

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