L'interview de Francis Delboe

Publié le par Olivier Coudrette

  1.     Présentez-vous en blitz :
49 ans. Lillois. Enseignant. Marié, quatre enfants.
 
2.     Puisqu’il est d’usage à chacune de vos interviews que vous fassiez « subir » :) aux personnes que vous interviewer des questions sur l’arbitrage je me dois de vous questionner sur ce thème en reprenant certaines de vos questions :
·         Quelle opinion avez-vous des arbitres Français ?
Le travail accompli par le corps arbitral de la F.F.E est remarquable à tous égards. Mais bien entendu il y a parfois quelques dysfonctionnements, quelques erreurs d’arbitrage. C’est tout à fait normal.
 
·                    A votre avis, quelles sont les qualités dont doit faire preuve un bon arbitre ?
Deux qualités sont nécessaires, à mon avis : d’une part être un robinet d’eau tiède, d’autre part toujours faire preuve de bon sens. Mais avant de penser à développer de belles qualités, l’arbitre candidat doit d’abord acquérir et ancrer les connaissances fondamentales !
 
·        Que pensez-vous de la place de la France au sein des instances de l’arbitrage, à la FIDE ?
Pendant de longues années, pour diverses raisons, la France a été absente sur la scène internationale en matière d’arbitrage. Ce n’est plus le cas. Nous étions au sous-sol, nous remontons à la surface, c’est encourageant. Au sein du FIDE Rules Committee et du FIDE Arbiters Council, j’ai été vraiment très bien reçu par les collègues des autres pays et suis bien intégré.
 
·        Avez-vous déjà eu des soucis avec un arbitre dans votre carrière ?
En tant que joueur, non, pas vraiment. En tant que Directeur National de l’Arbitrage : oui, ça fait partie de la mission. Mais j’ai toujours veillé à ne jamais « casser » un confrère, en privilégiant le dialogue. Les observateurs attentifs auront sans doute constaté qu’il n’y a eu aucune sanction à l’encontre d’un arbitre pendant mes 4 années en tant que Directeur National de l’Arbitrage. En revanche, j’ai clairement passé quelques savons. Mais toujours en off. Et après, rideau !
 
3.     Vous avez été durant plusieurs années Directeur national de l’arbitrage. Depuis que vous êtes arbitre quelle évolution avez-vous constatée dans ce milieu?
J’ai été membre de la DNA pendant 8 ans, dont 4 en tant que Directeur National, de 2001 à 2005. Ayant commencé à arbitrer en 1990, j’ai vu la montée en puissance de l’outil informatique, qui constitue une évolution majeure en matière d’arbitrage. L’œuvre accomplie par des gens comme Alain Ribous, René Minarro ou Erick Mouret est immense. Ce trio de mousquetaires a énormément contribué à développer le jeu des rois en France. Leurs logiciels ont énormément facilité la mission des arbitres. C’est grâce à ces merveilleux outils que les opens ont pu grandir. L’autre évolution sensible est la croissance spectaculaire de nos effectifs. Plus de 1000 arbitres aujourd’hui ! Notre structure a su s’adapter. Il reste maintenant à viser des objectifs qualitatifs. J’ai confiance. Ce challenge-là aussi sera une réussite car l’arbitrage français est solidement en place sur ses rails.
 
4.     Vous avez soutenu la candidature de Jean Bertrand lors des dernières élections pour la présidence de la FFE. Quels sont aujourd’hui vos sentiments et vos positions sur la politique actuelle menée par l’équipe de Jean Claude Moingt ?
Jean BERTRAND est un dirigeant de grande valeur. Il fut un excellent trésorier fédéral mais le soutenir dans sa candidature à la présidence fut une erreur, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas allé au bout. Néanmoins, sa décision d’abandonner est respectable et est parfaitement justifiée, pour des motifs privés. Ce qui importe, c’est de ne pas oublier qu’il fut un bénévole dévoué et compétent, un trésorier d’exception qui a « remonté » nos finances, après le gravissime carton rouge donné par le Commissaire aux Comptes en 1997, lors de l’AG du Havre. Jean reste mon ami. De toutes façons, à mes yeux, l’événement majeur se situe en octobre 2004. Le « bigbang », c’est l’AG extraordinaire de l’hôtel Napoléon, à Paris. C’est là que la FFE a opté pour un scrutin par listes entières sans panachage. Or, j’avais défendu le principe du scrutin uninominal. Je continue d’ailleurs à penser que les élus fédéraux doivent être choisis en fonction de ce qu’ils sont et non en fonction de leur appartenance à une liste. Le système des listes est techniquement nécessaire dans les très grosses fédérations, mais pas chez nous, au contraire ! Le système adopté par la F.F.E est d’ailleurs très mal conçu : ce n’est même pas de la proportionnelle ! C’est invraisemblable. Avec 27% des voix, l’autre liste, celle conduite par Christian Bernard, n’a que 3 sièges sur 24. No comment. Comment des gens raisonnables ont-ils pu voter ça ? Ce système est un rouleau compresseur, une machine à broyer les personnalités indépendantes, un système qui trouve ses fondements sur ce que pratiquent les adeptes de la « politique politicienne » dans des milieux autres que la vie associative. Autre constat amer : lors du CD de juin 2004 (préparation de l’AG extraordinaire), nous ne fûmes que 7 élus sur 39 à voter contre cette orientation. En vérité, ce sont des préoccupations purement électoralistes qui guidaient les choix, chacun espérant en son for intérieur être en place éligible sur « une bonne liste » ! Objectif non avoué et visé par les uns et par les autres lors de cette séance de CD : foutre en l’air mine de rien l’émergence possible de leaders, du genre Gilles Mirallès. C’est triste. Nous sommes pourtant au pays de Voltaire. En optant pour des élections par listes, j’ai le sentiment que la Fédé a commis une erreur historique. Potentiellement, ce nouveau mode de scrutin peut même hélas représenter un frein au progrès, un facteur d’inertie alors qu’il fallait opter pour le tonus lié à la diversité des élus, choisis par les électeurs au cas par cas. Contrairement à ce qui s’est passé en CD, les résultats de cette AG extraordinaire furent serrés : 51% en faveur d’un système par listes entières sans panachage, avec un nombre de postes spécifiques réduit à sa plus simple expression. La pire variante, à mes yeux ! C’est serré mais c’est le choix de l’AG, je le désapprouve mais le respecte. Toujours est-il qu’être élu en raison de l’appartenance à une liste et non pour ce que je fais et ce que je suis, très peu pour moi. Voilà pourquoi j’ai annoncé que je me retirerai, dès le lendemain de cette triste AG extraordinaire. Ce qui ne m’empêche pas de rester un observateur intéressé ! En réponse à la seconde partie de votre question : il me semble que c’est encore trop tôt pour porter une appréciation sur la politique menée par le nouveau président. Son action doit s’inscrire dans la durée. Il a terminé une saison commencée par d’autres, ce qui n’est pas facile, et vient d’en commencer une. Il faut lui laisser du temps pour mettre en œuvre ses projets, en rappelant qu’un président peut réussir dans la conduite d’une Fédération s’il est animé par une volonté de fédérer.
 
5.     Pourquoi avez-vous créé le site devenu incontournable : http://wwwjoueurdechecs.com  ? Pouvez nous le présenter ?
Mes fonctions fédérales ont pris fin en mars 2005. Que de temps libre tout à coup ! J’ai pensé que ça pourrait être amusant et créatif de développer un site. Ce fut moins facile que ça en avait l’air, je croyais qu’il serait prêt en juin, mais tout n’a été opérationnel qu’en décembre. C’est le site d’un passionné, d’un citoyen des échecs, d’un électron libre qui s’intéresse à tout ce qui se passe sur la planète de Caïssa ! Ce site a dérouté plus d’un internaute : certains ne parvenaient pas à le « cataloguer » ! Site sérieux ou site humoristique ? Ma réponse tient en une boutade, que l’on doit à Alphonse Allais : « sont-ils sérieux, ces gens qui ne rient jamais ? »
 
6.       Que représentent pour vous les échecs ? Que vous procurent-ils ?
J’aime le jeu d’échecs. J’aime jouer, j’aime arbitrer, j’aime être utile et actif dans ce milieu. Le jeu d’échecs est un sport qui permet de rester jeune. En tant que joueur, je suis désormais essentiellement intéressé par le jeu en cadence rapide. Le blitz comme les parties lentes m’attirent moins qu’autrefois. Mais il y a quelque chose d’immuable dans ma vie, depuis une trentaine d’années : chaque mois, le jour où le facteur dépose Europe Echecs dans ma boîte aux lettres, j’ai un sourire jusqu’aux oreilles ! Voilà, ça résume tout.
 
7.     Quelle est l’anecdote la plus insolite que vous ayez vécue aux échecs ?
Il y en a tant ! Une petite anecdote d’arbitrage, par exemple ? Lors de l’open du Touquet, j’ai un jour pris en flagrant délit un joueur essayant « d’acheter » le résultat de la partie en proposant 500 francs à son adversaire. Gag : ce tricheur l’admet mais me répond: « on ne peut rien me dire, c’est la moitié du prix que je vais recevoir grâce à ce point, qu’est ce que vous me reprochez exactement ? ». Abracadabrant ! Sa réponse est plus stupéfiante que la tentative de tricherie. Je l’ai immédiatement exclu du tournoi (bof, c’était la 9ème et dernière ronde) et ai demandé une sanction disciplinaire. Cerise sur le gâteau : le gars m’a écrit pour me signaler qu’il envisageait une action à mon encontre pour le préjudice que je lui faisais subir ! Ce n’est pas insolite, ça J ?
 
8.     Quelles sont vos autres activités et passions ?
La vie sera trop courte pour faire tout ce qui me passionne ! Voir grandir mes enfants, rendre visite à des amis ou les recevoir, rire, ripailler et chanter, amener Cécile dans un petit resto en tête en tête en admirant ses jolis yeux verts, passer une bonne soirée avec elle, lui écrire un poème, lire un bon livre, savourer Baudelaire, déguster des bédés de Goscinny, acheter un quotidien et le parcourir en prenant un bon petit café sur une terrasse, aller au cinéma, et mille et mille autres choses : c’est bon de vivre ! Je pratique aussi la randonnée pédestre, dans un club de la FFRP.

9. A quoi ressemble une journée type de Francis Delboë ?
Une journée-type n’existe pas vraiment car du point de vue professionnel, c’est très panaché, aucune de mes journées ne ressemble réellement à une autre : je suis formateur du 1er degré dans un IUFM, c’est un métier intéressant, varié, créatif, où on forme et où on conseille des gens jeunes, motivés, cultivés et vifs d’esprit. Du point de vue familial : Cécile et moi avons 4 enfants, nous ne nous ennuyons pas ! Et pour le reste, je prends plaisir à « cultiver un grand jardin ». Au sens figuré bien entendu !
 
10. Pour mieux vous connaître voici des questions pas « échiquéennement » correctes :
Plutôt jeu positionnel ou plutôt jeu tactique : plutôt jeu tactique. J’adore les échecs romantiques, comme ils se jouaient au 18ème siècle !
Joueur et joueuse préférés : chez les hommes, je trouve qu’il y a des parties d’Alekhine qui sont réellement captivantes. Ce personnage, par ailleurs contestable, était un immense champion. Chez les féminines : la Française Marie Sebag est une bonne joueuse. Elle est forte, elle a de l’énergie et des idées. C’est une personne jeune, encore en construction, je pense qu’elle peut encore formidablement progresser.
Plat préféré : Moules-frites ! Ce n’est pas d’un intérêt gustatif extraordinaire, mais c’est mon plat préféré parce que c’est associé à un grand moment festif. Pour un Lillois, c’est la Grande Braderie, début septembre !
Boisson préférée : les vins de Saumur, comme le Champigny par exemple. Quant aux bulles Saumuroises, elles valent largement la plupart des champagnes.
Emission préférée : je regarde très peu la télévision. Thalassa est une belle émission.
   Livre préféré : J’aurais aimé que la question fût « livres préférés » ! La mort dans l’âme, je ne vous donne donc qu’un titre. Des souris et des hommes, de John Steinbeck.
Auteur préféré : compte tenu de la réponse précédente, je devrais répondre...John Steinbeck ! Mais comment taire ma passion pour Victor Hugo (quelle puissance !), Baudelaire (quelle sensibilité !), et Mark Twain (quel humour !)  ! C’est tellement bon de rire, et l’humour anglo-saxon, ça fait partie de ma vie, Mark Twain, c’est extraordinaire !
Film préféré : Le vieux fusil. Avec Romy Schneider, belle comme un ange, et Philippe Noiret, qui joue toujours juste. De bons acteurs, une belle histoire, un savant mélange de sensibilité et de tendresse dans un contexte dramatique. Le genre humain, dans toute sa complexité, ses paradoxes et ses finesses.
   Journal préféré (autre que les échecs) : La Voix du Nord. C’est un grand quotidien régional.
Site internet préféré : www.meteofrance.com …pour ne jamais perdre de vue qu’après la tempête vient le beau temps J !
Olivier Coudrette et Francis Delboe

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