L'interview du président de l'ACP: Joel LAUTIER

Publié le par Olivier Coudrette

1.    Présentez-vous en blitz :

     J’ai 32 ans j’ai appris les échecs à 3 ans et demi. J’ai remporté le championnat du monde Junior en 1988. J’ai gagné pour la seconde fois consécutive le titre de Champion de France. Et je suis resté le meilleur joueur français pendant 15 ans.
2. Vous venez d’être sacré pour la seconde fois champion de France. Comment avez-vous vécu ces 80e championnat de France à Chartres ? Combien de temps en moyenne vous êtes vous préparé par partie ?

  Cette année a été beaucoup plus difficile que les années précédentes. Le départ a été mauvais, après 5 rondes j’avais seulement la moyenne. A ce moment le titre paraissait très compromis. Je venais de perdre une mauvaise partie contre Jean Marc Degraeve. Par la suite mon expérience acquise dans les grands tournois m’a permis de garder ma concentration jusqu’au bout et m’a permis de ne rien lâcher alors que les autres commençaient à fatiguer un peu. Peut être rendu un peu nerveux par l’enjeu du titre ? Je pense notamment à Maxime (Vachier-Lagrave) qui avait fait un très bon départ et qui a ensuite un peu ralenti. Cette combinaison de chose a fait que j’ai aligné les points au bon moment. Mais je reconnais qu’il m’a fallu un peu de chance.

J’ai consacré 2 ou 3 heures environ pour préparer chaque partie. 

                                        
 3. En questionnant de nombreux joueurs d’échecs de club j’ai constaté que beaucoup ignorent l’existence de L’association of Chess Professionals (ACP). Pouvez vous présenter cette grande association que vous avez créée ?

L’ACP est une association fondée en septembre 2003 à l’initiative d’un groupe de forts joueurs qui estimaient qu’il était temps qu’ils soient représentés. Un mouvement de fond faisait état que les joueurs étaient fatigués de n’être jamais entendu par les instances comme la Fide, l’ACU ou par leur propre fédération … Ceci a donné naissance à ce groupe. Au début il ne fut pas facile de traduire ce sentiment de frustration en une organisation un peu plus cohérente. On a ensuite réussi a créer cette association, à former un bureau après des élections et ensuite à faire travailler cette équipe. Je pense qu’on a obtenu d’excellents résultats compte tenu du peu de temps que l’association existe. On a amélioré pas mal de choses dans les règles du championnat du monde. On a eu un certain impact sur les compétitions à l’intérieur de l’ECU sans rentrer trop dans le technique. Mais en dehors de cela il y a eu aussi des tournois organisés notamment le championnat du monde en suisse entre Kramnik et Leko, le tournoi de Blitz à Moscou qui a eu lieu fin septembre.  Il y a aussi des avancées politiques. L’association s’est également agrandie car nous sommes aujourd’hui environ 310 membres.

Aujourd’hui l’ACP est devenu une association établit sur laquelle les joueurs peuvent s’appuyer mais elle est aussi un véritable interlocuteur.

4. Le site internet de l’ACP permettra bientôt à tout le monde de télécharger ou de consulter en ligne des cours d’échecs de tous niveaux (du novice au joueur confirmé) et dans toutes les langues. Votre Challenge est-il comme l’espérer Garry Kasparov pour son site, de faire découvrir les échecs dans le monde grâce au site de l’ACP ?

Le siège est à Paris car l’association vient d’une base française puisque parmi les membres fondateurs certains sont français ou habitent à Paris. Le site est en anglais et en russe car ce sont les deux langues dominantes des échecs.

Il y a une forte influence française malgré tout. Une de nos réussites est d’avoir mis en place le site ACP Online (www.acpochess.com). Il propose une zone de jeu comme on connaît déjà. On va mettre en plus l’accent sur tout ce qui est apprentissage et il y aura de cette façon des leçons accessibles à tous les niveaux dans un maximum de langues. Bien sur cela demande du temps à mettre en place mais quand cela fonctionnera bien ça sera très utile pour les joueurs.

Ce qui est important est ce qui en sort vraiment. L’ambition vient avec les résultats et si on veut que cela fonctionne bien il faut avoir des ambitions importantes. Dans un premier temps il faut populariser le site.

 

5. Récemment vous avez rencontré Robert Bobby Fischer dans son nouveau pays l’Islande. Comment s’est déroulé votre rencontre ? De quoi avez-vous parlé ?

C’était assez intéressant car j’y suis allé avec un homme d’affaire lui proposer un match. Finalement il n’est pas certain que ce match se fasse car Bobby est une personne assez complexe et il n’est pas facile d’organiser un événement avec lui. La rencontre a été assez marquante. Il a toujours été une de mes idoles quand j’étais jeune et j’avais toujours dans un coin de ma tête l’idée de le rencontrer un jour. J’ai découvert un type assez étonnant. Il est hors norme mais j’ai vu d’un autre coté une intelligence assez extra ordinaire puisque qu’en cours de conversation il rebondissait sur des choses dites avant. Il a donc un esprit très mobile. Il est aussi très attentif au point qu’il faille faire très attention à ce qu’on dit. Mais j’ai trouvé que c’était quelqu’un d’assez sympathique dans l’ensemble. On n’a pas abordé les sujets qui l’ont amené à prononcer des déclarations assez extrémistes. Il a une vision peut être un peu trop tranchée des choses et si on n’est pas d’accord avec lui ça peut tourner court assez vite. Il suit à mon avis moins les actualités des échecs qu’avant. Il est passionné par un tas d’autres choses comme la lecture.


6. Pourquoi comparez vous le jeu d’échecs à un jeu de guerre ? Cela peut paraître un peu brutal aux yeux de nombreux joueurs.

Quand on veut gagner une partie d’échecs il a y un sentiment très fort de combat car parfois à certains moments la recherche de la vérité passe au second plan et il est plus important de trouver la façon de battre l’autre pour avoir de bons résultats. Il faut trouver le coup qui fait le plus mal et pas forcément le meilleur.

7. Vous réfléchissez avec des amis sur un concept de télé réalité aux échecs. Pouvez vous nous en dire plus ?

Le but est de rendre les échecs accessibles au grand public. De les faire découvrir sous l’angle de la recherche du futur champion en France. L’idée serait donc de parcourir la France à la recherche du grand talent et une fois la sélection opérée suivre son évolution. Cette émission rendrait la pratique du jeu d’échecs sous son côté humain qui est plus palpable et plus intéressant pour un grand public qui ne connaît pas forcement grand-chose au jeu. Des contacts avec des chaînes ont déjà été établies.

 8. Quelle est l’anecdote la plus insolite que vous ayez vécue aux échecs ?

Nous avons joué dans des pays un peu curieux. Je pense notamment au championnat d’Europe qui a eu lieu en Macédoine. On était juste à coté de la guerre civile. C’était un peu surréaliste puisque les joueurs dans un hôtel étaient gardés par des hommes armés. Au même moment des combats se déroulaient pas très loin. C’était un cadre un peu fou pour les joueurs d’échecs. En 1996 en pleine guerre civile il y avait eu un coup d’état, des coups de feu avaient été tirés. L’ordre avait été rétabli pendant le tournoi mais j’ai le souvenir qu’un matin en ouvrant les volets de ma chambre après mon réveil j’ai vu une vingtaine de chars qui pointaient leur canon sur notre Hôtel. Ce qui est étonnant avec les échecs c’est que ça nous emmène dans des endroits où seuls les grands reporters et les joueurs d’échecs s’y retrouvent. C’est une vie d’aventurier assez excitante.

9. Quelles sont vos autres activités et passions ? J’aime beaucoup la lecture et le cinéma mais mon plus grand plaisir est d’apprendre des tas de choses différentes. Je suis entrain de lire un livre sur l’histoire des sciences.

 

 

10. Pour mieux vous connaître voici les questions pas « échiquéennement » correctes :
   Plat préféré : Plat Japonais (j’aime beaucoup la cuisine japonaise)
   Boisson préférée : Bordeaux
   Emission préférée : une comédie américaine Seinfeld
   Livre préféré : il y en a beaucoup mais le livre que j’ai le plus relu est Cyrano de Bergerac
Auteur préféré : une philosophe américaine Ayn Rand, Dostoïevski…

Film préféré : J’aime beaucoup toute l’œuvre de Krzysztof Kieslowski (auteur des trois couleurs bleu blanc rouge, décalogue) mais également Usual suspect
   Journal préféré (autre que les échecs) : Je suis pas très fidèle à la presse. Je prends un peu à droite à gauche et beaucoup sur internet.

Olivier Coudrette et Joël Lautier

Publié dans Les INTERVIEWS

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