L'interview de Léo Battesti

Publié le par Olivier Coudrette, rédacteur d'ECHECS Mag

L’organisateur du circuit Corse, le président de la Ligue Corse, le vice-président de la FFE et le candidat au poste de président de la FFE répond à nos questions :

1. Présentez vous en blitz :

J'ai 52 ans (déjà!), marié, deux enfants, chef d'entreprise. 

2. En Corse vous avez basée vos projets sur l’enseignement de masse et sur une approche plus moderne de l’activité échiquéenne. Le nombre le licencié a été multiplié par 20 très rapidement. Aujourd’hui la ligue Corse est source d’inspiration. Comment avez-vous permis cette évolution?

Notre atout essentiel a été de construire sur un terrain quasi vierge à partir d'une conception d'ensemble affirmée : priorité au développement de masse. D'où nos fortes initiatives en direction des scolaires. L'enseignement, 1 heure par semaine dans le temps scolaire, a concerné au départ 200 enfants en 1997 pour atteindre près de 5 000 cette année. Je rappellerai que la population de la Corse est de 250 000 habitants. Vous le voyez, de fait, l'enseignement des Echecs est devenu une matière "obligatoire" dans le primaire. Il est accompagné par de forts moyens pédagogiques. Une quinzaine de formateurs y participent (8 salariés à temps pleins, 7 vacataires). Un mensuel gratuit est distribué à tous les élèves, contenant des exercices et des infos générales.

Outre cet enseignement une trentaine de tournois de parties rapides sont organisés avec, à chaque fois, des coupes pour toutes les catégories d'âge. Nous avons une moyenne de 150 joueurs, enfants et adultes, pour tous ces tournois. Enfin, au mois de juin, nous organisons des tournois de masse pour les enfants. A Bastia, un chapiteau accueille 3000 élèves, un régal !

3. En tant que président de la ligue corse, vous avez largement contribué à atteindre le pourcentage de pratiquants le plus important de France. Vous entamez votre deuxième saison au poste de vice-président de la FFE avec un bilan plutôt satisfaisant aussi. Et aujourd’hui vous souhaitez vous lancer un nouveau défis en annonçant votre candidature pour le poste de président de la FIDE. Quels sont vos projets pour la fédération internationale ?

Toujours appeler à une remise en cause d'une gestion traditionnelle des Echecs. Sur le plan international, la situation est catastrophique. Une bonne moitié des fédérations n'ont qu'une existence virtuelle et très peu ont, comme la nôtre, une réelle structuration et une action coordonnée. En fait la Fide tourne autour d'elle même, des intérêts de ses dirigeants actuels. L'essentiel du budget est consacré aux déplacements et autres frais... Le secteur scolaire et jeune est totalement abandonné, il n 'y a aucune communication de masse, aucune recherche de partenaires privés. Le président ne fait que quelques apparitions sporadiques. Il est surtout là pour des raisons de politique intérieure russe...

4. Dominique de Villepin s’était donné 100 jours pour convaincre les français après son arrivée au poste de premier ministre. Aujourd’hui il vous reste 140 jours pour convaincre les présidents des fédérations de soutenir votre projet. Quelle campagne allez vous mener jusqu’au élection qui auront lieu en Mai 2006 à Turin ?

 Elle sera basée, pour notre part, sur une richesse... celle des idées. Nous communiquons de façon de plus en plus intensive auprès de toutes les fédérations. D'autre part des liens se sont créés avec d'autres forces d'opposition. Je pense qu'on peut avoir des surprises d'ici le mois de juin.

 

5. Vous venez d’organiser le Corsica Circuit. Anand, Bacrot, Lautier, Naiditsch, Gurevich, Fressinet, Milov… ont participé à ce fantastiq ue tournoi. Quels sont les conseils que vous pouvez donner aux organisateurs de tournois ?

Et vous oubliez Polgar et Adams ! Je conseille aux organisateurs de ne pas se limiter au seul événement mais d'oeuvrer au développement de masse. Sans cette dynamique, il n'y a pas de possibilité d'intéresser véritablement des partenaires. Si le Corsican circuit bénéficie de 100 000 € de recettes publicitaires, ce n'est pas par hasard. C'est qu'il se déroule dans un environnement favorable et que 140 entreprises y sont sensibles.

6. Comment s’est passée pour vous cette édition ? Un mot sur la prochaine édition ?

Ce qui m'a le plus frappé cette année, c'est le nombre de spectateurs : 700 pour la finale Anand Milov ! Du jamais vu. Autre sujet de satisfaction faire jouer tous ces grands joueurs dans mon village, Venaco, avec une mobilisation de l'ensemble des villageois et une superbe soirée culture (repas et chants corses!).

7. Est il plus difficile d’être joueur d’échecs, d’être organisateur d’un tournoi ou d’être un homme politique ? Rappelons que vous avez exercé les trois fonctions.
Pas de langue de bois... ce n'est pas comparable. Même si dans tous ces circonstances ont est victimes d'attaques, leur force et leur nature sont, particulièrement en Corse, dans des dimensions différentes... L'engagement politique est l'engagement échiquéen ce que l'auto-tampon est au stunt-car...

8. Quelle est l’anecdote la plus insolite que vous ayez rencontré aux échecs ?

Il y en a une, parmi pas mal d'autres, qui me vient à l'esprit. Au lendemain d'un Corsican Circuit, j'étais à Bonifacio, dans un hotel, avec Anand et son épouse Aruna. Dans le hall, un échiquier ! Anand le voyant me dit, "on se fait une partie ?". Je dois dire que quelle que soit mon amitié avec Vishy, je n'aime pas les combats quelque peu déséquilibrés (même si je bats régulièrement Jean Claude Moingt en Blitz !). Je lui réponds, "contre toi ça m'intéresse pas", par contre contre Aruna... Et pour la première fois, depuis fort longtemps, elle a accepté de faire une partie. Seul hic, à chaque coup elle se tournait vers son époux et disait "Anand, Anand ?). J'ai donc après un gambit du roi qualifié de "very romantic" par Anand, été balayé par Aruna.  Et son assistant de luxe...

9. Quelles sont vos autres activités et passions ?

J'ai la passion de mon travail, tout ce qui concerne le numérique. La passion de la belote (où il est plus facile, car c'est plus subjectif, de dire que l'on est fort...) et le tennis (où j'ai trouvé plus faible que moi!).

10. Pour mieux vous connaître voici les questions pas « échiquéennement » correctes :
Plat préféré : figatellu (charcuterie corse que je vous conseille surtout au feu de bois).
Boisson préférée : le vin de patrimoniu (je suis assez chauvin)
Emission préférée : je suis un fan des soprano (qui
n'est pas une série corse !)
Livre préféré : le zero et l'infini d'Arthur Koestler. Il a eu beaucoup d'influence sur ma vie politique.

Film préféré :

Site internet préféré : www.corse-echecs-com (sérieux, c'est pas de la propagande, il contient un forum où je me régale, mais pas de ceux où se défoulent des pervers sous couvert d'anonymat...)
Journal préféré (autre que les échecs) : Le Canard Enchaîné

Olivier Coudrette et Léo Battesti

Publié dans Les INTERVIEWS

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