La présidence de la FIDE par Jérôme Maufras

Publié le par Jérôme Maufras

Les échecs mondiaux ont mal à la FIDE. La vénérable institution créée à Paris en 1920 et censée représenter le jeu et les joueurs ne présente plus guère aujourd’hui que l’image caricaturale d’une institution en bout de course.

Un constat accablant…

De fait, le constat est accablant. Dix ans après sa première élection en 1996, le président de la FIDE n’est jamais parvenu à unifier le titre mondial. La question se pose en ces termes : comment se reconnaître dans une fédération internationale incapable de désigner un champion ? Comment intéresser l’homme de la rue s’il ne connaît pas le nom du champion du monde ? Comment intéresser médias et sponsors si aucune figure emblématique ne détient sans contestation le titre suprême ?

…Pour un triple échec.

Un échec démocratique.

Kirsan Ilyumzhinov (en photo à droite) est un homme d’affaires qui a fait fortune sur les ruines de l’Union Soviétique. Il est ensuite devenu président d’une petite république autonome russe, sur les rivages de la mer Caspienne, la Kalmoukie. Les conditions de son élection et de ses réélections en disent long sur les pratiques de l'homme : Ignatius Leong ou Bachar Kouatly, opposants publics au président de la Fide, se sentirent assez menacés dans leur intégrité physique pour abandonner leur combat... Précautionneux, Leong retira sa candidature en 2002 à la dernière seconde et se vit proposer en échange un poste de vice-président ! De fait, Ilyumzhinov n'a jamais affronté un scrutin. De ce point de vue, au moins, Turin constituera une première.

Un échec pour le développement des échecs

Si Ilyumzhinov a bien injecté dans les échecs les millions de dollars promis, il n'en reste pas moins que le développement des échecs sous son ère a moins été servi que sa volonté de puissance : tour a tour candidat à la présidentielle russe, propriétaire d'un club de football, il a aussi affiché sa volonté de faire revenir en Kalmoukie le corps de Lénine...ou d'organiser un match Karpov-Kamsky à Bagdad . Quant à la FIDE à proprement parler, son initiative la plus spectaculaire fut de monter avec le businessman russe Artyom Tarasov, “FIDE Commerce Ltd”. Ce sur quoi nous reviendrons. Quant au championnat du monde, malgré les effets de manche et d'annonce, 50 millions de dollars pour la réunification du titre, notamment, rien ne s'est concrétisé et la parodie de championnat du monde jouée en Libye n'a sûrement rien fait pour l'image des échecs auprès du grand public (rappeler en note de bas de page que les joueurs israëliens ou juifs étaient personna non grata à ce tournoi, sauf à accepter de jouer sur une île en Méditerranée...)

Un échec pour le jeu professionnel.

L'échec de ces onze ans de présidence est retentissant. Un championnat du monde annuel doté de 5 millions de dollars a été annoncé, puis le chiffre a été ramené à 3 millions pour un tournoi qui se jouerait finalement un an sur deux. Que dire des matchs annoncés à Bagdad, Buenos Aires, Yalta et finalement annulés ?

Pire, la FIDE se considère comme étant “en guerre” avec les organisateurs de tournoi. C'est Artyom Tarasov qui l'a affirmé, s'opposant avec le plus grand sérieux à ce que les organisateurs de tournois privés puissent échapper à la mainmise de “FIDE commerce ltd” !

Résultat, une ambiance morose au plus haut niveau. Karpov a même récemment affirmé que “les échecs [professionels] disparaîtraient d'ici quatre ans”. Des indices lui donnent malheureusement raison : le retrait de Kasparov en est un. Le retrait d'autres joueurs de premier plan comme Jeroen Piket ou Mathew Sadler en est un autre. Heureusement, l'opposition est organisée. L'ACP s'est révélée être une alternative crédible. à l'omnipotence de la FIDE en organisant un championnat du monde Kramnik-Leko à Brissago. Mais la chance historique que doivent saisir les amoureux des échecs, ce sont les élections de Turin en mai prochain qui l'offrent. Bessel Kok, le célèbre organisateur de tournoi, apparaît comme l'homme providentiel. Capable de rallier à sa cause le monde anglo-saxon et de nombreuses fédérations ou personnalités comme Vacal Havel (excusez du peu !),  Bessel Kok (en photo à gauche) a su aussi fédérer. C'est ainsi que Léo Battesti (en photo à droite), la FFE et Bessel Kok ont conclu un accord historique prévoyant en cas de victoire un poste de vice-président pour la France et l'installation du siège de la FIDE en région parisienne. Rien moins ! La campagne de Bessel Kok a depuis décollé : chaque jour une nouvelle fédération apporte son soutien alors qu'Ilyumzhinov est encore dans les starting blocks. A n'en pas douter, si le processus démocratique est respecté, ces quelques longueurs d'avance et cette volonté de mettre fin à plus de dix ans d'errements peuvent renverser des montagnes.

Jérôme MAUFRAS

Publié dans Les DOSSIERS

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