L'origine du mot "Gambit".

Publié le par Marius, rédacteur d'ECHECS et PATRIMOINE

Le fabuleux voyage d'un enfant de Calabre ....

En 1512, le théoricien portugais Pedro Damiano évoque, dans son traité sur le "Jeu Incomparable des Echecs", la ligne 1.d4 d5  2.c4 dxc4, soit la ligne classique du Gambit Dame accepté, comme une suite possible après 1.d4. Un demi-siècle plus tard, en 1559, un nouveau Pape fut élu à Rome, sous le nom de Pie IV. Le prêtre espagnol Ruy Lopez de Segura, natif d'Estrémadure, effectua l'année suivante un voyage jusqu'au Saint-Siège, suivant l'usage. Ruy Lopez est un brillant joueur d'Echecs. A Rome, il occupe son temps libre à disputer des parties enragées contre les meilleurs joueurs du cru, à commencer par Leonardo di Bona, un jeune étudiant, virtuose du jeu d'attaque. L'Espagnol remporte ses parties. Mais il apprend surtout à Rome un nouveau terme échiquéen en vogue : le vocable "Gambito" ou "Gambetto", qui dérive du verbe italien "gambitare", dont la traduction littérale est "tendre un piège". La racine de "Gambitare" n'est autre que "gamba", signifiant "jambe". Un gambit est donc une sorte de croc-en-jambe. Autrement dit, une action malicieuse, ou sournoise afin de provoquer la chute de son adversaire.

             

Aussitôt rentré en Espagne, Ruy Lopez entreprend de vulgariser ce nouveau terme échiquéen. Il le mentionne dans le traité de théorie fondamentale, qu'il publie dès son retour sous le titre de "Livre de l'invention libérale et de l'art du jeu d'Echecs" (1561). A cette époque, les meilleurs joueurs du continent avaient pris l'habitude de consigner les textes de leurs plus belles parties sur des carnets de note. Après quoi, ces champions primitifs pouvaient se livrer à une analyse méthodique. Ils puisaient ainsi dans ces réservoirs de positions critiques des lignes nouvelles, débouchant soit sur des attaques dévastatrices sur le Roi (tactique), soit sur des avantages positionnels décisifs (stratégie). Ainsi naquit la Théorie moderne des Ouvertures !

 

Cependant, la rapidité avec laquelle évolua cette "science" nouvelle rendit bientôt l'usage de ces carnets obsolète. Les primitifs se mirent en quête d'informations "de première main", réactualisées et faisant référence sur le continent. Une première étape fondamentale fut franchie en 1619, lorsque le prodige italien Giochhino Greco (1600-1634), natif de Calabre, acheva de rédiger sa propre compilation de parties. Greco, dit "Le Calabrais", peut-être considéré comme le plus fort joueur d'échecs de la 1ère moitié du XVII ème siècle. Il s'était livré à une analyse comparative exhaustive. Son érudition exceptionnelle lui permit de fixer l'équivalent d'une norme de coups à jouer pour chaque ligne étudiée. Certaines des parties illustratives de son traité avaient été disputées par lui. Dès son plus jeune âge, Greco fit preuve d'une domination absolue sur les joueurs de son temps. Ses attaques irrésistibles, la rapidité et la profondeur de ses combinaisons faisaient l'admiration de tous ses contemporains.

 

Sûr de sa force, Greco entreprit un périple à travers l'Europe. Il voyagea beaucoup et jouait surtout des parties à enjeux et réalisait des gains qui lui permettaient de vivre et de voyager. Il séjourna ainsi à la cour du Duc de Lorraine, en juillet 1621, auquel il offrit une copie de sa compilation de parties. Il rallia ensuite Paris, puis Londres, où il affronta victorieusement les plus forts joueurs des deux royaumes. Là encore, il remit à ses adversaires une copie de son traité, lequel faisant référence à toute une série de gambits : Gambit du Roi, Gambit de Damiano, Gambit de la Dame.

Après quoi, le Calabrais ne cessa plus d'enrichir son manuscrit, éliminant les parties les plus longues, les moins attractives, ou encore celles dont la théorie était notoirement dépassée. Après sa mort (1634), le traité de Greco sera traduit et imprimé en toutes langues, achevant d'imposer en Europe le terme générique "gambit" pour désigner le sacrifice d'un pion dans l'ouverture, pour l'initiative. Le recueil de Greco fut traduit pour la première fois en français en 1669. Plus tard, à l'époque de Philidor, il fut transcrit en notation descriptive.

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Publié dans Les DOSSIERS

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