L'automate "Joueurs d'échecs" de Van Kempelem : 64 ans de mystères .....

Publié le par Marius, rédacteur d'ECHECS et PATRIMOINE

Le baron Wolfgang Van Kempelem naît à Presbourg (Brastilava) en 1734. Ses 3 passions sont les poèmes, la création de pièces de théâtre et la mécanique. Dans ce dernier domaine, il réalise "L'Automate parlant" et "L'Automate Joueurs d'Echecs" qu'il présente en 1770 à Marie Thérèse d'Autriche, à la cour de Vienne.

Cette automate était  une poupée de taille de humaine, richement vêtue à la manière d'un sultan des 1001 nuits. Un splendide turban lui surmontait la tête. On baptisa aussitôt la créature du nom de "Turc". Le "Turc" était assis derrière un échiquier, coiffé d'un truban et drapé de soieries.

Avant de le "mettre en action", le baron ouvrait successivement les portes du meuble en éclairant l'intérieur à l'aide d'une bougie afin que tout le monde puisse l'examiner et exclure toute supercherie.

Des roues, des leviers et des poulies étaient visibles. Après avoir refermé le meuble, le baron tournait une clé pour "remonter" sa mystétieuse mécanique qui était, selon lui, en mesure de battre n'importe quel adversaire ...

 

En 1800, Van Kempelem vend "L'Automate" à Johann Nepomuk Maelzel (né en 1772), mécanicien de son état, et à qui l'on doit en particulier l'invention du métronome pour son ami Beethoven. Maelzel perpétue ainsi l'attraction de Van Kempelem à la cour des Princes.

C'est ainsi qu'en 1809, Napoléon Bonaparte, affronte "L'Automate" au Palais de Schönbrün (Vienne) avec les Blancs. Voir la partie :

    

"L'Automate" est bien sur entendu une supercherie : un champion d'échecs de petite taille, caché à l'intérieur, observe la position à l'aide d'une sorte de périscope et manipule les pièces à l'aide d'un bras articulé. A plusieurs reprises, Van Kempelem et Maelzel frôlent l'emprisonnement pour escroqueries. Très intriqué par l'engin, le prince Eugène de Bavière, achète "L'Automate" pour 30.000 francs afin d'être mis au parfum. Comme le secret n'en est plus un pour lui, il le revend quelques jours plus tard à Maelzel qui peut encore en faire son profit ... En 1825, Maelzel traverse l'Atlantique pour se rendre à New-York, Boston et Cuba.

Le succès est toujours énorme au point que l'écrivain Edgar Poe lui consacre une Nouvelle "Le joueur de Maelzel" dans laquelle il démontre que la machine a un comportement humain ...

A la mort de Maelzel en 1832, son frère Leonhard, hérite de "L'Automate" et il faut attendre finalement 1834 pour voir la supercherie mise à jour par le joueur français Mouret qui aurait crié "Au feu" pour faire sortir le champion apeuré caché à l'intérieur.

A l'issue d'une ultime tentative d'escroquerie en Colombie, "L'Automate" est exposé au musée chinois de Philadelphie. Puis il sera détruit dans un terrible incendie en 1854. "Le Turc" fut donc manipulé plus de 60 ans par des joueurs de haut niveau.

Il n'en reste pas moins que les machines, les vraies, ont désormais gagné la partie. Même l'immense Kasparov a mordu la poussière en mai 1997 dans un match en 6 parties contre "Deep Blue", une machine d'IBM aussi grosse et sexy qu'un congélateur. On disait des échecs que c'était le "Jeu des Rois" et le roi des jeux. Est-il, lui aussi, déjà passé à la guillotine ? Or, après la récente démonstration des nouveaux programmes Junior, Fritz et Hydra face à 3 ex-champions du monde, Khalifman, Ponomariov et Kasimdzanov (2004), la question se pose !

 

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Publié dans Les DOSSIERS

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