Le royaume mystérieux des Echecs :

Publié le par Marius, rédacteur d'ECHECS et PATRIMOINE

Le royaume mystérieux des Echecs : 
Un monde étrange et magique de 64 cases.

Ce jeu, il n'y a pas moyen d'en voir le fin. Eternellement jeune, il traverse les siècles, des intelligences les plus subtiles luis consacrent une bonne partie de leur énergie, son charme est inépuisable. Est-ce que ce serait parce qu'il n'a rien de commun avec le restant de la vie, parce qu'il peut être goûté semblablement à la musique, en dehors de la réalité de l'objet et de la conception ?

Les Echecs et la Musique, ce sont deux pôles, c'est du travail, de l'intelligence sans sujet, du sentiment sans objet, c'est de la mise en mouvement des forces intellectuelle et physique sans aucune relation extérieure.

Donc absence d'objet et cependant tension complète de toutes les forces. Serait-ce peut-être un narcotique ? Une bonne partie de l'attrait du jeu peut être trouvée dans le fait qu'il permet d'éprouver, dans le confort de son intérieur, de hautes manifestations de l'âme ; de l'audace, de la ténacité, de la faculté de combinaison, bref les capacités du général et celles de l'homme d'Etat, de goûter sans danger des joies que recherche l'intrigant, et tout cela en miniature. Mais peut-être y at-il quelque chose de plus profond qui justifie l'exercice de ce jeu en lui donnant un caractère plus sérieux.

 

Les soixante-quatre cases sont aussi un grand mandala représentant le Monde. Nous avons dans les échecs, un champ d'expérience, où nous pouvons étuder dans toutes leurs puretés, les lois de l'évolution. C'est un jeu de l'esprit, mais c'est en même temps un miroir du monde. C'est une source des révélations les plus profondes. On a souvent comparé les Echecs à la vie pratique. Cette comparaison doit être étendue encore. Notre jeu contient une science presque inconnue :
La science de l'évolution, la science du devenir.

 

Comment se déroulent les évènements ? Comment se préparent-ils ? Comment S'agencent-ils ?  

Jusqu'à présent il n'y avait que l'art qui nous fournissait une indication à ce sujet-là, et encore, un seul art, l'art dramatique. Cet art nous enseignait comment se nouent les destinées ; comment elles se compliquent et comment elles s'effrondent à la suite d'une nécessité d'ordre inférieur. Lorsque l'homme entre dans la vie, on lui donne une profusion de bons et mauvais conseils. Mais on ne lui dit pas d'après quelles lois les événements se développent, comment naissent les catastrophes, quelle est l'importance du temps dans tout cela. Il faut que nous apprenions cela péniblement par l'expérience. Une théorie de la genèse des événements, de l'évolution, serait donc très profitable à tous les hommes, mais surtout aux hommes politiques, aux hommes d'Etat.

L'histoire universelle a été fouillée dans tous les sens, sauf dans celui-ci dans le sens purement technique des événements. Une pareille science de l'Evolution pourrait être basée sur les Echecs, car sur l'échiquier l'évolution s'accomplit sous la forme d'un processus absolument normal. Nous voyons clairement que tout ce qui se crée sur terre est le résultat de deux puissances qui se combattent. Et voilà pourquoi toute partie d'échecs est un drame comme tout drame est une partie d'échecs.

 

Il y a l'exposition, l'influence émotive, il y a la faute tragique, le point culminant, la péripétie et la catastrophe. L'influence émotive résulte du coup qui, après un développement régulier, produit la première tension. La faute tragique est dans le coup qui contient le germe de la défaite finale. Le point culminant, c'est le moment de tension extrême où le moindre changement fait pencher un plateau de la balance. Dans une bonne partie d'échecs comme dans une véritable tragédie on doit pouvoir, en remontant pas à pas, coup par coup, démontrer avec une rigueur absolue où est le point de la petite faute, l'imprécision, qui, sur le moment, ne paraissait même pas une faute et qui est cependant la cause de la catastrophe.

C'est ainsi que les Echecs nous apprennent même à saisir le sens de la tragédie, comme d'une révélation de la fatalité inéluctable qui résulte de la seule liberté que nous possédons !! La liberté de fauter. Et nous apprenons encore que fauter est une chose inévitable. Nous ne pouvons échapper à la catastrophe car elle est dans la nature même de la chose. Toute partie d'échecs est destinée à s'effondrer ; le moment de son devenir comprend déjà la dissolution finale. La mort est une partie de la vie.

Comme la vie, une partie d'échecs à sa jeunesse, son début, qui pose le fondement de toute la destinée ultérieure, elle a une apogée, une décadence et une fin.

 

 

Ainsi que dans un miroir vous pouvez reconnaître dans les Echecs votre façon de vivre et travailler. Vous ne jouez jamais que votre propre nature.

Celui qui risque de grandes choses dans le but d'obtenir de grandes choses l'exprimera aussi bien dans les Echecs que, par exemple, dans son écriture. Il y a des tempéraments qui cherchent la victoire dans l'attaque ; d'autres qui pensent la trouver dans la défense. Il y en a qui arrivent au but en montant à l'assaut ; d'autres qui choissisent les détours, pour mieux cacher les idées. Il y en a qui préparent soigneusement et d'autres qui tapent dans le tas prématurément. Toutes ces particularités, toutes ces façons d'agir, ils les transportent dans le jeu qui leur donne, à son tour, des révélations merveilleuses.

 

C'est pourquoi le jeu d'Echecs est aussi une école d'éducation.
Nous y apprenons comment on périt quand les yeux sont trop exclusivement rivés sur le but à atteindre sans tenir compte des obstacles. Combien il est dangereux de trop espérer d'une situation acquise quand, pour l'obtenir, on a épuisé ses forces. Une faute très commune des joueurs d'échecs : ils s'acharnent sur une combinaison telle qu'ils l'ont conçue et ils la maintiennent encore dans une phase du jeu où elle est déjà dépassée. C'est ainsi qu'ils négligent de projeter de nouvelles attaques et finissent par devenir victimes de leur propre obstination. Nous y apprenons qu'aucune intention ne se réalise exactement dans le forme prévue, mais que pour arriver à quelque chose il faut pourtant qu'il y ait un plan. Tout à fait comme dans la vie où tout le monde trébuche, aussi bien celui qui marche à l'aventure que cleui qui porte avec lui des principes par trop rigides et n'admet aucune concession. Pourquoi les hommes qui accomplissent de grandes oeuvres sont-ils si rares ? Parce que ceux qui sont capables de concevoir quelques chose sont rarement de nature à se résigner à ce que la chose conçue ne devienne pas exactement telle qu'il l'ont prévue.

 

Nous y apprenons comment le temps est toujours notre ennemie. Que nous reculons quand nous n'avançons pas. Que le temps ne s'arrête pas quand nous nous arrêtons. Que les espérances trompeuses ne peuvent être jetées assez vite par dessus bord. Que nous devons être infatigables dans l'invention de nouveaux projets.

Qu'il faut cent fois plus d'esprit et de subtilité pour réparer une faute qu'il ne fallait pour l'éviter. Que le commencement des choses est en même temps le moment fatal et le moment décisif . Q'un échecs en prépare de plus sensibles et que de petites faiblesses proviennent les grandes.

Qu'il faut sacrifier au moment propice, mais que l'on n'a pas le droit de sacrifier que lorsque le prix du sacrifice est certain. Que nous ne devons pas accepter tout ce qui, en apparence, nous est offert, parce que finalement, dans la vie, rien ne se donne, tout se paie et enfin que l'on ne peut pas toujours être vainqueur, que l'on peut être victorieux trop tôt et qu'il y a des moments où il s'agit de mourir avec dignité.

Site officiel d'échecs et Patrimoine

Publié dans Les DOSSIERS

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