Biographie de Garry KASPAROV

Publié le par Olivier Coudrette, rédacteur d'ECHECS Mag

Garry Kasparov 4e Partie

Kasparov, l’homme politique :
 
kasparov_en_s_ance_de_d_dicace.jpgLes politiciens russes ont toujours comparé la politique à un vaste échiquier permettant toutes sortes de combinaisons et de varaintes. A c’est donc tout naturellement que Garry Kasparov s’est décidé de mener une carrière politique. N’avait-il pas déclarer du reste : « J'aime trop la vie et je suis trop intelligent pour me laisser enfermer dans le jeu d'échecs. »
 
Ses débuts:
C’est à l’age de
26 ans que Garry KASPAROV développe un intérêt croissant pour la politique. Il entame à cette époque une véritable croisade contre le régime communiste qui sévit en URSS. Il est invité à présenter ses observations sur la politique menée par le gouvernement en place en Union Soviétique.
A 27 ans, il est le Co-fondateur du mouvement politique démocratique de la Russie et soutien Boris Yeltsin lors des élections présidentielles. Son activité politique continuera avec sa participation dans le jeune groupe radical de ministres du gouvernement du président Russe Yelstin.
 
Son grand combat:
Cependant c'est en 2004 que le joueur a véritablement sauté le pas en créant avec quelques figures politiques importantes russes le " Comité 2008 ". Ce groupement correspond à un club politique dont le but est de sensibiliser l'opinion sur le danger d’une réélection de Vladimir Poutine.

L'étape suivante fût la constitution, en juin 2005, d'un " Front civique unifié " dont Garry Kasparov a été élu président. Ce mouvement qui rassemble une vaste coalition de partis, de la gauche communiste à la droite libérale, veut réveiller la société civile et la convaincre qu'il lui appartient d'éviter le maintien « de la dictature de Poutine », en créant une véritable opposition. « Tant que l'opposition se contentera de servir de faire-valoir au pouvoir, au lieu de forcer celui-ci à instaurer de nouvelles règles, rien ne pourra changer en Russie » prédit Kasparov.

Néanmoins Vladimir Poutine est bien plus puissant que tous les joueurs d’échecs qu’il a pu rencontrer. Kasparov est membre aujourd’hui du nouveau comité: « Une Autre Russie » dont l’objectif principal est de « lutter pour la démocratie ». « Le but de cette coalition est de gagner l'élection présidentielle de 2008 » confia Kasparov au JDD (voir l’interview ci-dessous).
Kasparov dénonce aussi le régime corrompu et inefficace, les droits politiques bafoués, le manque d’amélioration du niveau de vie de ses compatriotes russes, la guerre en Tchétchéni... Mais, il se heurte aux peurs des Russes et ne trouvent que peu d’écho dans l’opinion publique Russe. La presse, sous contrôle du Kremlin, ne mentionne que sommairement les manifestations organisées par l’opposition.
De plus dans un pays ou les partis nationalistes et antisémites contrôlent 10 % du parlement Russe, ses origines juives et arméniennes font de lui un improbable président.
Pour dénoncer la politique du gouvernement russe, Garry sillonne tout de même le pays. Ses déplacements sont semés d’embûche et ses voyages deviennent des véritables chemins de croix. En permanence menacé, il évite d’emprunter la compagnie Russe Aeroflot. En avril 2005, il est d’ailleurs agressé lors d’une séance d’autographe. Une personne qui se faisait passer pour un fan du champion lui jeta violemment un échiquier sur la tête. Une agression qui serait attribué à un mouvement de jeunes Pro-Poutine selon l’agence newru.com. Après cet incident, Kasparov expliqua à un journaliste d’une radio de Moscou qu’ « heureusement qu’en Russie le sport le sport le plus populaire était le jeu d’échecs et non le base-ball ».
Lors de ses déplacements le 13e champion du monde rencontrent d’autres problèmes : Les responsables des villages décident souvent à la dernière minute de ne plus prêter la salle réservée et d’annuler les cérémonies d’accueil. Le champion du monde doit donc régulièrement se satisfaire de prononcer quelques mots dans la rue.
Beaucoup ricanent de tout cela, nombreux sont ceux qui estiment que Kasparov ne représente que lui-même, et que ses efforts ne sont que des gouttes d'eau incapables de secouer le solide régime mis en place par Poutine. Mais Garry Kasparov montre une fois de plus qu’il est une personnalité  hors du commun.
Il y a dix ans, Kasparov perdait dans une partie restée mémorable contre l’ordinateur « Deep-Blue ». Aujourd’hui, c’est contre la « machine froide », Vladimir Poutine, qu’il a décidé de prendre sa revanche. Il espère que cela faire naître une "révolution ukrainienne". Aujourd’hui il reste persuadé, que les petits ruisseaux démocratiques associés au mécontentement social peuvent subitement se métamorphoser en marée montante...


Hier nous apprenons que le Champion Russe a été interpellé et qu'il fût condamné par le tribunal de Moscou avant d'être relaché. Nous sommes avertis par la suite que sa prochaine  sentence sera la prison.
Voici les informations récentes le concernant:


Garry Kasparov interpellé par la police

Garry Kasparov fût interpellé par la police avant la manifestation en faveur de "l'Autre Russie" organisée le 13/04/1007. Le tribunal de Moscou l'a accusé d'avoir participé à une marche non autorisée et d'avoir crié des slogans anti gouvernementaux. Le champion russe a été condamné à payer une amende de 40 dollars avant d'être relaché.


Son interpellelation en vidéo: Cliquez sur l'image pour démarrer la vidéo ci dessous

Traitement de l'information par la chaîne internationale française France 24: Cliquez sur l'image pour démarrer la vidéo ci dessous

Ses premiers mots après sa libération: Cliquez sur l'image pour démarrer la vidéo ci dessous


Kasparov: "Je reçois régulièrement des menaces"

Garry Kasparov répond à un interview d'Emmanuel GRYNSZPAN dans le Journal du Dimanche:

Voici l'article publié dans l'édition du dimanche 15 Avril 2007:

Avant la manifestation de samedi à Moscou et son arrestation par la police, le JDD a rencontré Garry Kasparov. L'ancien champion d'échecs est devenu l'un des leaders d'"Une autre Russie", une organisation farouchement hostile à Vladimir Poutine. Il nous explique les raisons de son combat.

Vous avez récemment déclaré que vous craignez pour votre sécurité personnelle. Avez-vous reçu des menaces ?
Je reçois régulièrement des menaces. Je ne peux pas éliminer tous les risques mais je les réduis. Je tente d'éviter Aeroflot sur les longues distances. C'est juste une précaution. Souvenez-vous de ce qui est arrivé à la journaliste Anna Politkovskaïa (assassinée l'année passée, ndlr) ou à Alexandre Litvinenko (mort empoisonné, ndlr). Certains pensent que c'est de la paranoïa mais nous faisons face à un régime qui n'a pas peur de faire couler le sang. Je pense qu'ils ne reculeront devant aucune action leur permettant de prolonger leur séjour au pouvoir.

Vos manifestations réunissent pour l'instant peu de monde. Comment l'expliquez-vous ?
Les gens savent que c'est dangereux, ils ont peur de perdre leur emploi ou d'avoir des problèmes avec le régime. Pour des Européens, 5.000 personnes dans la rue, cela ne signifie pas grand-chose. Mais dans un pays où la participation à une manifestation peut avoir des conséquences sérieuses, même un millier de manifestants représente déjà un e
xploit. Il n'y a pas de protestation massive en Russie mais si vous parcourez le pays, vous vous apercevez que dans chaque village il y a des gens qui manifestent leur mécontentement.

Quel est l'objectif de votre organisation Une Autre Russie ?
Nous luttons pour la démocratie. Le but de la coalition est de gagner l'élection présidentielle de 2008. Nous concentrons tous nos efforts pour prendre de l'élan afin de démanteler ce régime corrompu, inefficace qui amène progressivement notre pays au bord du désastre. Notre organisation paraît une étrange mixture entre libéraux, communistes et extrême gauche, mais les différents partis d'Une Autre Russie font face au même problème : le refus absolu du régime de tout changement à travers un processus électoral démocratique.

Quel est votre rôle dans ce mouvement ?
Je maintiens l'équilibre entre les groupes, ce n'est pas moi qui prends les décisions. Je travaille comme modérateur du très large collège avec des racines très variées. En tant qu'individu faisant partie du collège, je ne me sentirais pas à l'aise si je défendais mes positions personnelles. Je pense qu'il est plus intéressant pour moi et pour la coalition de travailler en tant que coordinateur, en tant que personne capable de rassembler et d'utiliser toutes les ressources à notre disposition parce que l'objectif de 2008 est incomparablement plus important que mes opinions personnelles.

"Nous aider est considéré comme un crime par l'Etat"

Quels sont vos soutiens financiers ? On parle de l'oligarque exilé à Londres, Boris Berezovski...
Je ne peux simplement pas mentionner le nom des gens qui nous soutiennent car ce serait les mettre en danger. Nous aider est considéré comme un crime par l'Etat. Nos sources de financement sont très limitées comme vous pouvez le voir [il montre le modeste bureau de son organisation, ndlr]. Nous n'avons pas de contacts avec ceux qui pourraient mettre en danger notre réputation et nous ne soutenons aucun oligarque.

Certains libéraux vous reprochent d'avoir accueilli dans vos rangs le Parti National Bolchevique, qualifié d'extrémiste par les autorités.
C'est un parti légitime. En aucune façon il ne s'agit d'un parti fasciste. Ce sont des militants d'extrême-gauche et en France par exemple, ils seraient autorisés à participer aux élections présidentielles. En outre ils ont évolué et sont désormais d'ardents partisans de la démocratie. En les intégrant dans «Une Autre Russie», avons largement favorisé cette transformation. Il y a des groupes fascistes en Russie et certains sont sous la protection du Kremlin.

Quelles sont chances de votre coalition en 2008 ?
Aujourd'hui, c'est vrai que les perspectives ne semblent pas très prometteuses mais la situation change chaque semaine car les Russes ne sont pas du tout satisfaits des conditions dans lesquelles ils vivent. Ils ne comprennent pas pourquoi les immenses richesses du pays leurs passent sous le nez. Si la peur se résorbe avant la fin de l'année, alors l'opposition tient sa chance.

Site du JDD ici
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