Kasparov

Publié le par Olivier Coudrette, rédacteur d'ECHECS Mag

Voici un article très intéressant concernant la situation de Garry Kasparov

Sources : Reuters, AFP, Ria Novosti, l'Orient le Jour

Kasparov convoqué par le FSB (ex-KGB)

Si Moscou reconnaît désormais que la police a eu “la main lourde” dans la répression des manifestations de l'opposition qui se sont tenues ce week -end ... elle ne poursuit pas moins sa lutte farouche contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à un leader d'opposition …
Ainsi, Garry Kasparov – l'ancien joueur d'échec, devenu leader d'un parti opposé à Vladimir Poutine - s'est vu notifier cette convocation par FSB (ex KGB) suite à son arrestation (puis libération) samedi dernier.

I – Kasparov soupçonné d'extrémisme par le FSB
Les services russes de renseignement ont convoqué mardi l'opposant Garry Kasparov pour l'interroger sur des accusations d'"extrémisme".
Kasparov s'est vu notifier cette convocation par
FSB (ex KGB), après avoir été arrêté puis relaché mais condamné à une amende de 39 dollars pour troubles à l'ordre public dans le cadre des manifestations du week-end contre le président Vladimir Poutine, organisées par le mouvement d'opposition Autre Russie.
Arrêté en même temps que 170 autres personnes, M. Kasparov, actif aujourd'hui en politique, a passé près de dix heures de garde à vue. "Le montant de l'amende importe peu. Cela constitue un précédent et s'ils m'arrêtent une deuxième fois ils pourront me mettre en prison", a-t-il déclaré.
Un communiqué publié sur le site internet de Kasparov, www.kasparov.ru, affirme que le FSB tente de déterminer si, dans un entretien qu'il a accordé à une radio avant la manifestation et dans un journal de l'opposition il a lancé des appels à une action extrémiste.

II – Le Kremlin reconnaît un certain abus de la police
Un porte-parole du Kremlin a néanmoins reconnu, mardi, que les policiers russes qui ont dispersé les manifestations de l'opposition à coups de matraques avaient abusé de la force. Le porte-parole a tenu à ajouter toutefois que l'ampleur des affrontements survenus à l'occasion de ces manifestations à Moscou et à Saint-Pétersbourg avait été exagérée par les médias étrangers.
Selon les services judiciaires et de sécurité de Moscou, lors de la Marche du Désaccord du 14 avril, les forces anti-émeutes (OMON) ont ainsi interpellé près de 250 personnes, dont Garry Kasparov, leader du Front civil unifié, qui s'apprêtaient à participer à une manifestation interdite par les autorités. A Saint Pétersbourg, selon la police locale, près de 170 personnes ont été arrêtées, des policiers allant jusqu'à rouer de coups des opposants.
Une militante du mouvement d'opposition Labloko a montré ses cocards et son nez cassé, résultat de son passage à tabac par un policier muni d'une matraque. Un passant qui ne comptait pas manifester affirme avoir été attaqué par des policiers alors qu'il se dirigeait vers une bouche de métro. Il a été hospitalisé pour des côtes cassées et un poumon percé.
L'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, a jugé inacceptable l'action de la police et les Etats-Unis ont exprimé leur profonde inquiétude concernant ce qu'ils ont présenté comme une intervention exagérément musclée.
D'après les représentants des forces de l'ordre, la police a agi de manière adéquate à la situation et dans le respect de la légalité. L'organisation de défenseurs des droits de l'homme, Human Rights Watch, a de son côté déclaré qu'en dispersant la Marche du Désaccord interdite par les autorités de Moscou, la police a utilisé des moyens démesurés".
Interrogé sur ce point dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Russia Today, le vice porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a répondu: "Je crois qu'il y a eu une réaction excessive mais leur mission principale était de maintenir l'ordre dans les rues."
Il a ajouté que les médias étrangers avaient fait un bien plus grand cas des manifestations que les médias russes. Ce qui n'est pas entièrement vrai, car Ria Novosti notamment a particulièrement suivi l'affaire, démontrant le caractère répréhensible des agissements des manifestants.
Un correspondant de RIA Novosti a ainsi fait savoir que les participants au mouvement de la jeunesse "Front civil uni" avaient essayé de rompre l'encerclement de l'OMON (police anti-émeute) et de s'approcher de l'estrade devant laquelle devait se tenir un meeting de la "Jeune garde de Partie unie". Garry Kasparov qui se trouvait parmi eux a été interpellé, rajoutait le quotidien russe…
"Tout le monde reconnaît que ces actions étaient assez limitées (en terme de) nombre de participants. Mais bien sûr, le fait même que ces actions aient lieu a fortement attiré l'attention des médias étrangers. Et dans les médias étrangers, il y a vraiment eu des exagérations.", souligne-t-il.

III - La Chambre civile russe indignée par le tabassage de journalistes
La Chambre civile de Russie (organisme analogue au Conseil économique et social français, ndlr) a pour sa part demandé au ministère de l'Intérieur de se pencher sur les cas d'emploi de la force par la police contre les journalistes couvrant les manifestations.
"A Moscou et
Saint-Pétersbourg, lors de meetings et de manifestations de masse, des représentants des médias ont été tabassés et interpellés par la police. Certains d'entre eux ont été sérieusement blessés", peut-on lire dans une déclaration de la commission de la Chambre pour les communications, la politique informationnelle et la liberté d'expression.
Selon les représentants des organes judiciaires et de sécurité, les forces policières ont agi conformément à la situation. La commission de la Chambre affirme de son côté que les journalistes ont fait l'objet de violences. "La cruauté et la violence des forces de l'ordre à l'égard des journalistes dans l'exercice de leur devoir professionnel compromettent le prestige du pays et sapent la confiance de la population envers le pouvoir", estime la commission.
Tout ce qui s'est passé samedi n'est pas le premier cas où les gens qui se retrouvent au coeur d'événements non pas en raison de leurs vues politiques personnelles mais en accomplissant leur devoir professionnel sont victimes de violences policières, relève la commission dans sa déclaration.
"Nous appelons le ministère de l'Intérieur à examiner sans plus tarder la tendance dangereuse au recours à la force contre les journalistes", lit-on dans la déclaration.
La commission s'est dite prête à participer à l'élaboration de recommandations pour les forces de l'ordre sur les méthodes de contacts avec les journalistes couvrant les meetings et autres manifestations.
La déclaration a été signée par plusieurs personnalités de la presse électronique et écrite de Russie.

IV - Le Parti communiste dénonce le comportement de la police
Le leader du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) Guennadi Ziouganov a condamné le comportement de la police lors la "Marche du Désaccord" organisée le 14 avril à Moscou et Saint-Pétersbourg, et a appelé le Parquet général à "réagir". Le numéro un du Parti communiste a dit en même temps "désapprouver" le comportement des manifestants.
"Pour ce qui est de la police, son comportement est absolument disproportionné. La force ne règle rien. Le Parquet doit réagir et les autorités respecter la Constitution", a indiqué M. Ziouganov.
Le leader du KPRF a aussi regretté que "les jeunes qui veulent exprimer leur désaccord répondent aux appels des "oranges" russes, se référant à la couleur symbolique des partisans de la "révolution" ukrainienne de novembre-décembre 2004. "Nous n'avons pas besoin d'une pègre orange, comme en Ukraine", a ajouté M. Ziouganov.

V - Gorbatchev condamne les "marches du désaccord"
Les "marches du désaccord", une série de manifestations de l'opposition organisées le week-end dernier, constituent une tentative de déstabiliser la situation en Russie, a déclaré mardi à Moscou l'ex président soviétique Mikhail Gorbatchev. "Quelqu'un veut embrouiller la situation dans le pays pour le déstabiliser", a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse. Ces "marches" sont organisées pour intimider la société, ce qui est absolument intolérable, a-t-il estimé.
"Nous devons en tirer des conclusions et dire à ceux qui sèment la peur qu'ils commettent des actes inadmissibles", a déclaré
Mikhail Gorbatchev, en soulignant que sa propre philosophie allait à l'encontre de celle des organisateurs de ces actions.
L'ex-président soviétique a appuyé la politique du président russe Vladimir Poutine en soulignant que ce dernier avait beaucoup oeuvré pour stabiliser la situation dans le pays. "Je soutiens tout ce que M. Poutine fait et tout ce qu'il a fait pendant toutes ces années. Il a beaucoup oeuvré pour mettre le cap sur la modernisation", a souligné M. Gorbatchev.
Evoquant la publication récente d'un rapport du département d'Etat américain sur la démocratie dans le monde mettant du doigt la Russie, M. Gorbatchev a appelé à accueillir les critiques de façon appropriée sans y attacher trop d'importance. "On peut toujours trouver des prétextes pour critiquer. Les Etats-Unis ont aussi de quoi les critiquer", a-t-il rappelé.
Interrogé sur la création par le département d'Etat américain de groupes d'influence qui cherchent à gérer les processus politiques en Russie, l'ancien numéro un soviétique l'a dénoncé comme une ingérence dans les affaires intérieures de la Russie. Décidément tant Russie qu'Algérie ne se laissent pas faire en ce moment, les deux pays – peut-être prochainement réunis au sein d'une Opep du gaz - pointant du doigt les Etats Unis comme de possibles fauteurs de troubles, voire même véritables instigateurs des actes terroristes et turbulences du pays.

VI – Le Parlement Russe vote une motion accusant les Etats-Unis
La Douma d’État, Chambre basse du Parlement russe, a adopté la semaine dernière à l’unanimité une motion accusant les États-Unis de soutenir des groupes politiques radicaux qui menaceraient la stabilité politique du pays dans la perspective des élections législatives et présidentielle.
Ces allégations semblent viser la coalition d’opposition baptisée « L’Autre Russie », que dirigent l’ancien champion d’échecs Garry Kasparov et l’ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov, durement réprimandé lors des rassemblements de protestation ce week-end à Moscou et à Saint-Pétersbourg en dépit de leur interdiction officielle.
« Sous prétexte de favoriser le déroulement d’élections libres et équitables (...), on utilise l’argent des contribuables américains pour financer quantité de stages de formation, d’enquêtes, de séminaires et d’autres manifestations dont l’effet est de propager des affirmations tendancieuses qui déforment la situation (...) en Russie », dit la motion adoptée.
"Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis ont ouvertement reconnu qu'ils investissaient des sommes immenses dans la création de groupes d'influence chargé d'endoctriner l'opinion publique russe", indiquent les parlementaires.
Le rapport, qui est en fait un compte rendu destiné aux contribuables américains, montre l'envergure et la diversité des tentatives faites par les autorités américaines en vue d'exercer une influence sur la vie politique en Russie en finançant toutes sortes d'actions ayant pour but de déstabiliser la situation dans notre pays, font remarquer les parlementaires.

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