Kasparov

Publié le par Olivier Coudrette, rédacteur d'ECHECS Mag

Le FSB accuse Kasparov "d'extrémisme"

Voici un article publié dans le Figaro du 21 Avril 2007: ici

Le kremlin s'acharne contre Garry Kasparov

Le champion d'échecs a été interrogé hier par l'ex-KGB. Il est accusé d'« extrémisme » par le pouvoir.


GARRY KASPAROV, le champion du monde d'échecs reconverti dans l'opposition politique au président Poutine, a été interrogé hier pendant quatre heures par le FSB, l'ex-KGB. Et
« ce n'est que le début », a-t-il déclaré en sortant des bureaux du FSB. Kasparov avait déjà été arrêté quelques heures samedi au début de la manifestation de la coalition d'opposants l'Autre Russie, dont il est la figure la plus médiatique. Hier, il a été interrogé par un unique enquêteur, qui « a été extrêmement correct », a raconté l'opposant sur les ondes de la radio Écho de Moscou, dernière station au ton indépendant. C'est notamment pour avoir, sur cette même radio, appelé à manifester malgré l'interdiction, que Garry Kasparov était convoqué par le FSB. « J'ai l'impression que les enquêteurs comprennent bien qu'il n'y a rien d'illégal mais ils ont reçu l'ordre de trouver des preuves d'extrémisme », a poursuivi un Kasparov serein, conscient que ces démêlés ne font que conforter son combat, qui se jouera en plusieurs coups. « Des amendements récents au Code pénal, a souligné Kasparov, prévoient que des poursuites peuvent être lancées pour simple diffamation contre des personnalités de l'État, sans décision d'un tribunal. Mais aucun participant à la Marche (la manifestation des dissidents, du week-end, NDLR) n'a lancé des appels à l'extrémisme ni à des actions extrémistes. »

Répercussions diplomatiques
Une autre figure de l'hétéroclite coalition l'Autre Russie, Edouard Limonov, avait comparu la veille
devant un tribunal de Moscou. La justice a définitivement interdit son mouvement, le parti national-bolchevique, légalement qualifié d'« extrémiste ». Ce parti d'extrême gauche, qui s'est illustré ces dernières années par des actions spectaculaires (escalade de bâtiments publics, attaques de personnalités à la peinture) n'était plus légalement enregistré depuis déjà deux ans.
Ce contexte de répression accrue contre les mouvements d'opposition à Moscou n'est pas sans répercussions diplomatiques. La « méfiance » et l'«incompréhension » entre l'Union européenne et la Russie a atteint un niveau « jamais vu depuis la fin de la guerre froide », a déclaré hier le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, dans un discours prononcé à Bologne et dans une tribune publiée par le Financial Times. Tandis que les Européens « perçoivent la Russie comme de plus en plus autoritaire », beaucoup de Russes, « à en juger par la popularité du président, considèrent Poutine comme l'homme ayant mis fin au chaos et restauré le rang de la Russie dans le monde », a analysé le commissaire britannique, qui était en visite à Moscou il y a trois semaines.
Comme pour appuyer les propos de Peter Mandelson, le Kremlin a, selon le quotidien Kommersant d'hier, ordonné à des ministres et des hommes d'affaires de boycotter le Forum économique russe, qui devait s'ouvrir à Londres ce dimanche. Motifs évoqués par Kommersant, citant plusieurs sources anonymes du Kremlin : le manque de réaction du gouvernement britannique à la suite des appels au coup d'État de l'oligarque exilé à Londres Boris Berezovski. Et les condamnations de Bruxelles et Washington de la répression policière des manifestations du week-end. Pour sa dixième édition, le grand rendez-vous d'affaires londonien sur la Russie devait réunir de nombreux ministres et hommes d'affaires russes. Plusieurs entrepreneurs privés ont confirmé leur voyage mais le président du pétrolier Rosneft, contrôlé par l'État, Sergueï Bogdantchikov, a annulé le sien. Et les représentants de l'État également. Une ambiance qui augure mal du sommet Union européenne-Russie prévu dans moins d'un mois à Samara, sur les rives de la Volga.

Article de Fabrice NODE-LANGLOIS

Publié dans Biographie

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